Progrès et décadence
Acquis et inné
Chaque individu est-il formé par ses acquis qui modèlent son caractère, ses goûts, sa culture, son développement physique, ou bien est-ce son inné, son patrimoine génétique, qui décide de tout ?
Cette question est capitale, car si on croit aux acquis, c'est à partir de sa conception que l'être humain va être formé, et il importe d'étudier dans les moindres détails l'influence des « nourritures » qu'il va recevoir. Ces nourritures sont matérielles (aliments), sensorielles, affectives, intellectuelles. Elles forment le corps et l'esprit.
Tous les individus qui ont une âme de professeur ont entièrement adopté cette thèse.
Cependant, d'autres penseurs croient au tout inné. Ils déclarent que dès sa conception, l'être humain possède un nouveau patrimoine génétique qui décide aussi bien de son aspect physique que de son caractère, ses goûts, son niveau intellectuel, ses capacités. Seul le hasard, les circonstances, vont permettre à l'individu de réaliser entièrement le destin qu'il porte en lui, ou hélas le contrarier plus ou moins.
Les tenants du tout acquis pensent que pendant quelques semaines, le fœtus n'est qu'un morceau de chair inerte. Ce n'est pas encore un être humain. Si cette thèse est exacte, le fœtus ne va recevoir ses acquis que de sa mère. Une femme noire inséminée par un homme blanc aura un enfant entièrement noir, et une femme blanche dont le partenaire est noir aura un enfant totalement blanc. Or, ce n'est pas le cas.
Dans son ouvrage Progrès et décadence, Maxime Laguerre présente une hypothèse qui concilie les deux théories.
Oui, l'individu, comme tout être vivant animal ou végétal, est entièrement formé par ses acquis. Que deviendrait un gland sans les nourritures qu'il trouve dans le sol et dans l'air, et sans l'action du soleil ? Par contre, on ne peut imposer ces acquis. Les nourritures matérielles qu'assimile le gland pour devenir un chêne sont toujours les mêmes et lui sont spécifiques, sélectionnées par son patrimoine génétique.
Ainsi, l'être humain dès sa conception va choisir les aliments qu'il peut assimiler et qui vont décider de sa personnalité physique, morale, intellectuelle. Là où les « professeurs » se trompent, c'est lorsqu'ils croient que l'éducation familiale, scolaire, sociale, forme l'individu, alors que celui-ci n'assimile que certains aliments, ne mémorise durablement que certaines nourritures intellectuelles, sensorielles, affectives.
Si l'enfant admire certains individus et tente de leur ressembler, c'est son patrimoine génétique qui fait ce choix.
Des savants de tous pays ont étudié pendant des décennies le comportement des jumeaux. On a pu même retrouver 56 paires de vrais jumeaux séparés à la naissance et adoptées par des familles ignorant que l'enfant accueilli avait un frère ou une sœur. Dès lors, 112 destins différents et indépendants recevant des acquis familiaux, scolaires, sociaux différents. Et cependant, lorsque 3O ou 4O ans après, on retrouvait ces jumeaux pour les faire se rencontrer, d'une part on constatait qu'ils étaient restés identiques physiquement, ainsi que leur comportement, leurs goûts, leurs aptitudes, leur Q.I. D'autre part, l'entente entre eux était immédiate et durable.
Maxime Laguerre en déduit que l'entente dite culturelle n'est en fait que génétique, lequel génétique choisit sa culture. Dès lors, la parenté culturelle ne serait en conséquence qu'une parenté génétique.
D'après cette hypothèse, on peut considérer que l'important, ce n'est pas ce qui se passe après la conception, mais avant. Car le patrimoine génétique que reçoit le nouvel être lors de sa conception n'est que la suite du patrimoine génétique qui a pu être modifié, ou même dégradé par la vie qu'ont mené les parents, grands-parents, arrière grands-parents de ce nouvel être.
Les recherches qui se concentrent sur le destin d'un individu après sa conception doivent désormais s'orienter sur ce qui s'est passé avant. A une certaine époque, une campagne d'affichage affirmait « lorsque les parents boivent, les enfants trinquent ». Ainsi, on constatait le lien existant entre la conduite des parents et le destin de leurs enfants. C'est cette piste qu'il faut suivre.
Maxime Laguerre remarque que les thèses du « tout acquis » adoptées au siècle des Lumières – (Condorcet ne disait-il pas « il n'y a entre les deux sexes aucune différence qui ne soit l'ouvrage de l'éducation » - ont mené nos sociétés occidentales dans une tragique impasse. L'idée de la perfectibilité continue des êtres humains grâce à l'éducation, devenue obligatoire, nous a mené à ce que nous voyons autour de nous, une régression de la sociabilité. L'échec est patent.
D'après les théories de Maxime Laguerre, on ne peut pas imposer aux êtres humains des « nourritures » matérielles ou intellectuelles en espérant qu'ils les assimileront. Tôt ou tard ils rejetteront ce qui ne convient pas à leur enrichissement.
Proposer, oui ! Imposer, non !
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